C'est le titre que nous avions donné, mes collègues et moi, à notre exposé dans le cadre du cours intitulé : Éthique sociale et politique (THL-13240), suivi à l'hiver 2007 à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval. On se souvient que la question de la présence du crucifix au Salon bleu de l'Assemblée nationale faisait l'objet d'un large débat à ce moment-là dans l'actualité québécoise. Cette question s'ajoutait à d'autres, pensons notamment à celle d'Hérouxville, dans tout le débat entourant les accommodements raisonnables. C'est dans ce contexte de «tensions»(?) interculturelles que le premier ministre Charest a mis sur pied, le 8 février 2007, la Commission Bouchard-Taylor qui a finalement déposé hier le 22 mai son rapport très attendu.


Pour revenir au titre de notre exposé, nous avions mis un point d'interrogation (?) à celui-ci pour finalement l'enlever à la fin du même exposé qui a été de fait très bien reçu par les étudiants (et le professeur!).


Hier, à la surprise générale, le premier ministre Charest a pris de court tout le monde en déposant une motion sur la présence du crucifix au Salon bleu de l'Assemblée nationale dont voici le texte :


Que l'Assemblée nationale réitère sa volonté de promouvoir la langue, l'histoire, la culture et les valeurs de la nation québécoise, favorise l'intégration de chacun à notre nation dans un esprit d'ouverture et de réciprocité et témoigne de son attachement à notre patrimoine religieux et historique représenté par le crucifix de notre Salon bleu et nos armoiries ornant nos institutions.



Cette motion, très habillement rédigée et présentée, a été adoptée à l'unanimité des députés présents. Je m'en réjouis grandement car il en va d'une reconnaissance officielle par l'État que la religion chrétienne, catholique en particulier, à travers le symbole du crucifix, est une réalité fondamentale de notre patrimoine. L'Église du Québec a, comme l'a souligné le premier ministre Charest, «joué un rôle important dans l'histoire du Québec». J'oserais même ajouter que ce rôle a été crucial, fondamental et unique. C'est en ce sens que le titre de notre exposé, tout en intégrant le sens exprimé par le premier ministre, va plus loin et avec raison selon moi. M. Charest ajoutait que «le crucifix est le symbole de cette (notre) histoire».


Suite au dépôt du rapport Bouchard-Taylor, plusieurs déplorent que le thème de l'identité québécoise n'ait pas été développé par les deux commissaires. Pour poursuivre dans la logique de la motion unanime de l'Assemblée nationale, je réaffirme, avec mes collègues*, que «le crucifix à l'Assemblée nationale (est bel et bien) un élément de notre identité nationale». C'est à mon avis ce que veut dire le premier ministre quand il répond que « C'est notre histoire, on ne peut écrire l'histoire à l'envers, a-t-il dit. L'Église a joué un rôle important dans l'histoire du Québec et le crucifix est le symbole de cette histoire ». Et l'histoire dit et atteste que pendant près de 400 ans, l'Église, avec toutes les communautés religieuses, assumait la quasi totalité des services sociaux, de santé et d'éducation. Strictement au plan financier, sans considérer les aspects humains, il suffit de penser aux budgets actuels du Québec de ces trois services pour une seule année ( 35 milliards en 2006-2007) pour se donner une idée de l'ampleur de la contribution de l'Église du Québec au développement historique de la société.


Pour terminer, voici une partie de la conclusion de notre exposé du 10 avril 2007 :


- Le crucifix (à l'Assemblée nationale) pourrait être considéré comme un symbole des valeurs humaines universelles qui ont construit notre société et notre identité.

- Le crucifix est un élément patrimonial essentiel pour comprendre notre identité nationale.

 

 

Il nous apparaît logique et pertinent que le crucifix soit reconnu comme un élément de notre identité nationale et par conséquent, qu'il soit conservé en place à l'Assemblée nationale.



* Martin Bolduc, Yves Fournier, Francis Gagnon et Éric Montembault